13.06.2009
Le 7 Janvier 2008.
7 Janvier 2008.
D'habitude j'aime bien le chiffre 7. Il est de bon augure.
D'habitude...
Seulement voilà. Aujourd'hui je me lève avec de nouvelles angoisses, de nouveaux mots de ventre assez violents, sans doute intolérables pour qui n'en a pas l'habitude, mais moi ça fait plus d'un mois que je les ai, et ils sont de plus en plus gênants. Je parle de douleurs, je parle de diarrhées, je ne ferai pas dans le correct, je ne ferai pas dans le sensationnel non plus, je veux juste dire les choses telles qu'elles sont.
Ils sont tellement gênants (les maux de ventre) que le médecin m'a arrêté depuis presque dix jours maintenant.
On cherche leur cause, leur raison.
Je ne vais pas tarder de la connaître, la foutue raison.
11H et des poussières. Je vais faire une prise de sang que m'a prescrite le médecin traîtant. Banalité. Suite d'une longue liste de tests et examens qui n'ont pas donné grand chose, mis à part un champignon dans les selles.
13H et des poussières. Le téléphone sonne. C'est le laboratoire. Mon ex qui m'a toujours dit que si les labos téléphonent avant de donner leurs résultats, c'est mauvais signe, semble crier dans mon oreille, cette fois c'est la bonne.
Et cette fois c'est la bonne. Ou la mauvaise.
Dix ans - ou douze que je suis pédé comme ils disent, dix ans ou douze que je suis considéré comme une personne à risque, à ce que j'apprendrai plus tard, et c'est aujourd'hui que la nouvelle va me tomber dessus et je le ressens instinctivement, instantanément.
La journée est grise, presque chaude pour un mois de janvier. Ce n'est pas normal. Rien n'est normal dans cette stupide journée et je ne me sens pas très bien. Je ne cherche même pas à repousser les dates, les échéances, je me suis levé du mauvais pied ce matin et je suis allé quand même faire la prise de sang. Un autre jour, je l'aurais faite plus tard, j'aurais attendu un bon jour, un bon présage, mais là non. A la limite, je vais, morne, la tête en avant, vers ce que je sais être mon destin, sans chercher à l'éviter ou à le nier.
Je ne sais pas ce qui se passe, je sens que je vais me sentir presque soulagé d'avoir enfin une réponse à mes questions.
Je vais presque, à un moment donné de cette journée idiote, espérer avoir une réponse, même si celle-ci est cruelle, plutôt que de rester dans cette incertitude devenue intolérable.
J'ai fait mon dernier test HIV quelques mois avant. Tout allait bien. Je n'ai pas eu de rapport à risque depuis, du moins je ne le crois pas et j'ai eu d'autres soucis de santé, mais allez savoir pourquoi je sais tout de suite pourquoi le téléphone sonne. Non ce n'est pas à cause d'une ancienne syphilis, ce n'est pas à cause de mes globules blancs ou rouges, ce n'est pas à cause d'un excès de cholestérol ou autre, c'est bien à cause du test HIV.
La femme ne me dit rien. Mais c'est comme si elle disait tout.
Elle me dit juste de repasser au labo, pour faire je cite, une vérification.
Pas la peine de m'expliquer, je comprends tout de suite.
14H et des poussières. Je retourne donc au labo, plutôt résigné je dois dire. Je demande presque par hasard pourquoi je suis là, même si je connais la réponse et la femme ne tarde pas à me le dire.
Je réponds seulement, vague: "ah ça y est, j'ai réussi à choper cette saloperie". Mi-ironique. Mi-fataliste.
Ca ne m'étonne pas plus que cela et pourtant je ne suis pas de ceux qui prennent beaucoup de risques. J'apprendrai plus tard que je ne suis franchement pas ceux qui prennent le plus de risque, en effet.
Mais c'est comme ça. C'est comme si, aujourd'hui, là, sept janvier, ça me paraît juste une évidence.
J'admets le verdict, j'écoute les jérémiades de la femme qui me dit que c'est arrivé aussi à sa fille et que c'était juste une erreur, qu'il faut attendre les résultats finaux pour être sûr, que c'est certainement une erreur, qu'il ne faut pas s'inquiéter. Je sais déjà l'absolue et crue vérité, ce n'est pas la peine d'essayer de me remonter le moral et encore moins de me bercer d'illusions.
C'est pour aujourd'hui et c'est tout.
Quelques minutes passent cependant.
Et d'un seul coup, j'ai une boule de panique qui se forme sur mon estomac.
Je me vois mourant, je me vois tomber dans les pommes, on m'emmène d'urgence à l'hosto et c'est fini.
La crise d'angoisse est virulente et pourtant elle finit par se calmer presque comme elle est venue, je parle beaucoup avec l'infirmière, j'évite ainsi de tomber dans les vappes et je parviens à garder un minimum de contrôle.
La crise se calme. Je me rends compte que je ne suis pas bien informé sur la séropositivité, le sida, etc, contrairement à ce que je pensais.
Je débloque un peu puis je parviens à recouvrer une certaine contenance.
Je me vois quelques secondes fuir le pays, me suicider ou attendre la mort tranquillement dans un bon bain, puis la réalité s'impose plus sournoisement, et pourtant plus nettement à moi. Je vais être calme, je vais être lucide, je ne vais pas me voiler la face, je vais surtout chercher à protéger mon compagnon que j'aime et avec qui je vis depuis presque un an déjà.
Je sors du labo, je panique quelque peu à nouveau, j'appelle Kathya, une amie qui habite près du labo, je lui bredouille quelques mots peu enthousiastes et peu cohérents et je décide de rentrer chez moi, plus fort et plus serein que je ne l'aurais cru une heure avant seulement.
Je ne laisse rien paraître à mon homme, ou pas grand chose.
Moi qui n'aime pas jouer des rôles, je parviens à être plutôt bon acteur, semble t-il et le plus étrange c'est que je n'ai pas besoin de surjouer la scène.
Je me sens plutôt bien à la maison, en sécurité, bien avec mon amoureux et je n'en demande pas beaucoup plus.
Je ne veux surtout pas qu'il s'inquiète pour moi, je me dis qu'il faut attendre les résultats définitifs, que pour le moment il n'y a pas de quoi s'alarmer, c'est ce que m'a conseillé l'infirmière d'ailleurs et je m'en tiens à cela - même si je n'y crois guère.
Mais je veux surtout essayer de passer une soirée en amoureux, comme avant, avec mon homme et c'est à peu près ce qui se passe.
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